24-09-2026
Coût du système électrique français : que révèle le rapport 2026 de la CRE ?
La stratégie nationale bas carbone 3 est la dernière édition en date de la feuille de route climatique française, publiée par décret le 18 juillet 2026. Cette nouvelle version ajuste les budgets carbone 2024-2028 et 2029-2033 et fixe celui de 2034-2038, pour aligner la trajectoire française sur une ambition climatique renouvelée.
La SNBC ne fonctionne pas seule : elle s’inscrit dans la Stratégie française pour l’énergie et le climat (SFEC), aux côtés de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC). La SNBC et la PPE partagent un même scénario de référence, construit par la Direction générale de l’Énergie et du Climat (DGEC), ce qui garantit une cohérence entre les besoins énergétiques des secteurs et les ressources disponibles.
Ce scénario n’a rien d’une prévision figée. Il s’agit d’un exercice de planification itératif, révisé au fil des évolutions technologiques, économiques et climatiques, qui trace un chemin crédible plutôt qu’un chemin imposé.
Deux évolutions distinguent nettement cette troisième édition des précédentes. La première concerne l’empreinte carbone : la stratégie nationale bas carbone 3 intègre pour la première fois un objectif chiffré sur les émissions importées, et non plus seulement sur les émissions produites sur le territoire national.
La seconde touche aux puits de carbone. La stratégie prend mieux en compte les impacts du changement climatique sur les puits naturels (forêts fragilisées par les incendies et les scolytes) et reconnaît le rôle des puits technologiques, comme la capture et le stockage de carbone (CCUS), pour traiter les émissions résiduelles les plus difficiles à éliminer.
Pourquoi la France innove-t-elle avec son objectif d’empreinte carbone ?
La stratégie nationale bas carbone 3 fixe un objectif inédit : réduire l’empreinte carbone de la France, importations comprises, de 71 à 79 % d’ici 2050 par rapport à 2010. Une première mondiale, qui oblige à regarder au-delà des frontières pour limiter les risques de fuite de carbone.
La SNBC 3 fixe sept objectifs stratégiques, dont deux jalons centraux : réduire de 50 % les émissions territoriales brutes d’ici 2030 par rapport à 1990, et atteindre la neutralité carbone en 2050.
Cette trajectoire s’accompagne d’un calendrier de sortie des énergies fossiles clairement établi. La production d’électricité à partir de charbon doit cesser d’ici 2027 et celle à partir de fioul d’ici 2030. La stratégie vise par ailleurs une sortie du pétrole à horizon 2040-2045 et du gaz fossile à horizon 2050.
De combien la production électrique française doit-elle augmenter d’ici 2050 ? Pour répondre à l’électrification massive des usages, la production électrique décarbonée devra presque quadrupler d’ici 2050, passant d’environ 200 TWh en 2024 à près de 800 TWh, pour un mix 100 % décarboné.
Chaque secteur d’activité se voit fixer un objectif de réduction adapté à ses spécificités et à son potentiel de baisse d’émissions d’ici 2030, par rapport à 1990 :
Ces écarts s’expliquent notamment par les contraintes propres à certains secteurs : l’agriculture, par exemple, dispose d’un potentiel d’atténuation plus limité en raison d’émissions en partie incompressibles, liées à la biologie des ruminants et au cycle de l’azote.
Les entreprises portent une part importante de la décarbonation française : selon le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE), elles concentrent 50 % des leviers d’action nécessaires pour réduire de moitié les émissions brutes entre 1990 et 2030. Un rôle qui s’accompagne d’obligations croissantes de transparence climatique.
Au-delà du volume d’émissions à réduire, les entreprises font face à des obligations de reporting de plus en plus structurantes : bilans d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES), directive CSRD sur le reporting extra-financier, et une attention croissante des investisseurs à la crédibilité des plans de transition. Un écart persiste toutefois entre les trajectoires internationales de décarbonation et les trajectoires sectorielles nationales de la stratégie nationale bas carbone, ce qui complique l’exercice pour de nombreuses entreprises engagées à l’échelle mondiale.
Le secteur privé est également attendu sur le terrain financier : il doit porter 40 milliards d’euros des besoins d’investissement supplémentaires à l’horizon 2030.
Pour aider les entreprises à s’orienter, l’État a engagé plusieurs chantiers :
L’État s’est aussi engagé à mieux structurer la visibilité de l’ensemble des aides à la transition écologique des entreprises, aujourd’hui dispersées entre plusieurs plateformes et opérateurs.
Les collectivités territoriales détiennent, selon le SGPE, 25 % des leviers d’action nécessaires pour réduire de moitié les émissions brutes françaises entre 1990 et 2030. Leur implication passe par une planification locale alignée sur les objectifs nationaux et un suivi renforcé de leurs engagements.
Deux dispositifs structurent aujourd’hui l’action climatique des collectivités : les Plans Climat-Air-Énergie Territoriaux (PCAET) et les Bilans d’Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES). Les marges de progression restent nettes : le taux de conformité à la réglementation PCAET s’élève actuellement à 81 % pour les intercommunalités concernées, avec un objectif de 100 % en 2030. Pour le BEGES, ce taux tombe à 43 %, avec la même ambition d’atteindre 100 % d’ici 2030.
Ces obligations s’accompagnent d’un principe plus large : les collectivités et leurs établissements publics doivent prendre en compte la SNBC dans l’ensemble de leurs documents de planification ayant une incidence significative sur les émissions de gaz à effet de serre.
La stratégie nationale bas carbone 3 vise à renforcer la cohérence entre les différents documents stratégiques locaux, qu’il s’agisse des Schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) ou des Schémas d’aménagement régional (SAR), afin qu’ils s’alignent progressivement avec les objectifs nationaux au fil de leurs révisions.
Les Conférences des parties (COP) régionales jouent également un rôle de coordination : elles fixent des feuilles de route régionales de planification écologique, discutées avec l’État, les Conseils régionaux et l’ensemble des acteurs du territoire concernés. Enfin, l’État poursuivra son soutien financier aux collectivités pour faciliter le déploiement concret d’actions de décarbonation sur le terrain, au-delà de la seule phase de conception des plans.
Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) a livré son analyse détaillée de la SNBC 3, filière par filière. Son constat général : une ambition saluée sur l’électrification et la sortie des énergies fossiles, mais des réserves sur certains volets des bioénergies.
Le SER accueille positivement le maintien d’un signal fort en faveur de l’électrification des usages, avec un objectif de mix électrique décarboné à 100 % d’ici 2050 et une production électrique portée à environ 800 TWh, contre 200 TWh environ en 2024.
Le syndicat se réjouit également des objectifs retenus pour les biocarburants dans l’aviation et le maritime, jugés supérieurs aux exigences européennes : un taux d’incorporation de 85 % de carburants durables dans les aéronefs est visé, contre 70 % dans le cadre européen RefuelEU Aviation à horizon 2050.
Plusieurs réserves accompagnent cette lecture globalement positive. Sur le biométhane, le SER estime que la trajectoire retenue (105 TWh PCS en 2050) reste inférieure aux potentiels identifiés par d’autres exercices prospectifs, notamment Afterres2050, qui l’évalue à 146 TWh PCS.
Le syndicat regrette aussi l’absence d’une stratégie chiffrée pour la décarbonation du froid renouvelable, un sujet traité selon lui de façon dispersée dans le texte. Sur le bois-énergie, si la trajectoire proposée est jugée globalement satisfaisante, le SER pointe une tonalité qu’il juge parfois négative et un manque de mise en valeur de cette filière.
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