L’empilement des coûts : une architecture tarifaire méthodique
- L’approvisionnement en énergie (ARENH et marchés)
- Les coûts de commercialisation (incluant les CEE)
- Les garanties de capacité
- La marge du fournisseur
- Le mécanisme de rattrapage tarifaire
- L’acheminement via le réseau (TURPE)
- Les différentes taxes et contributions
Cette construction détaillée assure que les
TRVE reflète des coûts concrets, ce qui permet une tarification équilibrée et concurrentielle.
Les composantes détaillées des TRVE
1. L’approvisionnement via l’ARENH
L’ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) autorise les fournisseurs alternatifs à acheter une partie de l’électricité produite par le parc nucléaire d’EDF à un prix fixé (42 €/MWh). Ce droit, calculé selon la consommation prévisionnelle d’un client pendant des heures spécifiques, est plafonné à 100 TWh par an. En cas de dépassement, un écrêtement proportionnel est appliqué, forçant les fournisseurs à compléter leurs besoins sur le marché à des tarifs plus élevés.
2. Le complément d’approvisionnement via les marchés
La part d’énergie non couverte par l’ARENH est achetée ou vendue sur les marchés de gros. Le tarif appliqué à ce complément est déterminé par la moyenne des prix constatés au cours des 24 mois précédant l’année de livraison. Cette méthode permet de lisser les effets de volatilité du marché.
3. Les coûts de commercialisation
Ces frais englobent la gestion administrative et client, l’achat des Certificats d’Économie d’Énergie (CEE), ainsi qu’une provision pour les impayés.
Ils sont répartis à parts égales entre la part fixe et la part variable du TRVE. Si les impayés réels diffèrent des estimations, un ajustement intervient via la composante de rattrapage tarifaire l’année suivante.
4. Les garanties de capacité
Depuis 2017, chaque fournisseur doit prouver sa capacité à approvisionner ses clients en période de forte demande hivernale. Cela se traduit par l’acquisition de garanties de capacité. Le coût est calculé à partir de la moyenne des prix observés aux enchères durant les deux années précédentes. Si
l’ARENH est écrêté, le volume de garanties doit également être ajusté sur le marché.
5. La rémunération de l’activité de fourniture
La marge intégrée dans le TRVE couvre plusieurs risques, notamment :
- La thermosensibilité (lié à l’usage du chauffage électrique)
- Les fluctuations macroéconomiques (crises sanitaires, changement des usages…)
- Les erreurs de prévision du portefeuille client
- Les incertitudes sur les garanties de capacité
La CRE prévoit que cette rémunération protège les fournisseurs contre des pertes dans 95 % des cas, en prenant en compte les jours PP1 définis par RTE, périodes critiques de forte consommation hivernale.
6. Le mécanisme de rattrapage tarifaire
Lorsque les recettes des TRVE ne couvrent pas les coûts réels, une composante de rattrapage est ajoutée au tarif l’année suivante. À l’inverse, un excédent de recettes conduit à une diminution des TRVE ultérieurs, assurant un équilibre dans le temps.
7. Le TURPE : acheminement de l’électricité
Le
TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) finance :
- La gestion des clients raccordés aux réseaux
- Le comptage (pose, relève, maintenance des compteurs)
- Le soutirage (en fonction de la puissance souscrite et de l’option tarifaire)
Des composantes supplémentaires existent pour les clients professionnels consommant plus de 36 kVA.
8. Les taxes et contributions
- La CTA (Contribution Tarifaire d’Acheminement)
- La CSPE (Contribution au Service Public de l’Électricité)
- Les TCFE (Taxes Communales et Départementales) : selon la localisation et la puissance
- La TVA
Une structure tarifaire garante de la concurrence
L’un des objectifs fondamentaux de la méthode d’empilement est d’assurer la contestabilité des TRVE. Cette transparence tarifaire permet aux
fournisseurs alternatifs de reproduire les tarifs d’EDF en s’appuyant sur les mêmes hypothèses. Cela favorise la concurrence tout en protégeant l’équilibre économique du tarif.
Par ailleurs, le calcul est adapté à chaque puissance et chaque option tarifaire, ce qui garantit que chaque client paie un tarif reflétant précisément les coûts qu’il génère.
Enfin, le recours à des profils de consommation à température normale permet d’éliminer les effets des aléas climatiques, assurant une prévisibilité et une stabilité nécessaires à la régulation du marché.