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Territoires : quand les énergies renouvelables créent des impacts socio-économiques positifs

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Éoliennes, panneaux solaires, pompes à chaleur… les énergies renouvelables produisent de l'électricité, certes. Mais elles produisent aussi des emplois, des recettes pour les collectivités et du développement économique pour les territoires ruraux. En 2024, les filières EnR ont généré 775 500 emplois et 2,17 milliards d'euros de fiscalité locale. Un bilan socio-économique que deux études inédites viennent de chiffrer pour la première fois.

Les EnR, un moteur économique encore trop méconnu des Français

Un impact souvent réduit à la seule production d’électricité

Quand on parle d’énergies renouvelables, les débats tournent généralement autour de la production en TWh, des capacités installées ou de l’empreinte carbone. Rarement autour des emplois créés au coeur des territoires, des recettes perçues par la collectivités ou des commerces qui bénéficient indirectement de l’activité d’une centrale renouvelable implantée à quelques kilomètres.

Pourtant, l’implantation des infrastructures EnR génère des retombées économiques bien réelles, et souvent durables.

Le problème ? Elles sont dispersées, diffuses, rarement agrégées.

Résultat : elles restent largement invisibles dans le débat public, au risque d’être systématiquement sous-estimées, y compris par les élus locaux qui en sont les premiers bénéficiaires pour leur territoire.

Deux études inédites pour enfin chiffrer les retombées réelles

C’est précisément ce manque que le Syndicat des énergies renouvelables (SER) a décidé de combler, en partenariat avec Colombus Consulting et le cabinet UTOPIES. En 2026, ce consortium a publié deux études successives portant sur l’année 2024 : la première consacrée aux retombées fiscales des filières renouvelables pour les collectivités, la seconde dédiée aux emplois générés sur l’ensemble du territoire métropolitain.

Ces travaux constituent, selon le SER lui-même, les premières analyses exhaustives couvrant l’ensemble des filières renouvelables et l’ensemble du périmètre des emplois (directs, indirects et induits).

775 500 emplois soutenus : une filière qui irrigue tout le territoire

Directs, indirects, induits : trois niveaux d’impact en matière d’emploi

Pour mesurer l’impact réel des énergies renouvelables sur l’emploi, l’étude SER x UTOPIES x Colombus Consulting a adopté une approche en quatre niveaux, conçue pour être la plus complète possible.

  • Les emplois directs (248 785) sont ceux exercés au sein des entreprises dont l’activité est directement liée aux filières renouvelables : installateurs, techniciens de maintenance, bureaux d’études, exploitants de parcs…
  • Les emplois indirects (178 947) correspondent, eux, à la chaîne de fournisseurs qui gravitent autour : fabricants de composants, prestataires logistiques, sous-traitants spécialisés etc.
  • Viennent ensuite les emplois induits (347 776 au total), qui se décomposent en deux flux : d’un côté, la consommation des ménages travaillant dans les filières EnR, qui alimente commerces et services locaux ; de l’autre, les dépenses publiques rendues possibles par les recettes fiscales générées par ces installations.

Au total, ce sont 775 500 emplois en équivalent temps plein qui sont soutenus par les filières renouvelables en France. L’étude résume ce rapport en un chiffre parlant : pour 1 emploi direct dans les EnR, 2 emplois supplémentaires sont soutenus ailleurs en France.

Par ailleurs, près de 40 % des emplois directs et indirects ne sont pas délocalisables. Ce sont des emplois sur site, ancrés dans les territoires, qui ne peuvent pas être transférés à l’autre bout du monde.

Les filières qui recrutent le plus, de l’aérothermie à l’éolien en mer

Toutes les filières ne pèsent pas le même poids en matière d’emplois directs. Le top 5 selon l’étude :

  1. Aérothermie : 72 021 emplois directs ;
  2. Chauffage au bois domestique : 48 675 emplois directs ;
  3. Solaire : 44 392 emplois directs ;
  4. Hydroélectricité : 21 113 emplois directs ;
  5. Éolien terrestre : 16 849 emplois directs.

La géographie de ces emplois suit celle des capacités installées : les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie concentrent respectivement 15 % et 9 % des emplois totaux, derrière l’Île-de-France (27 %), qui agrège une large part des fonctions support, d’ingénierie et de services spécialisés.

Autre donnée notable : 47 % des emplois directs se trouvent au sein de PME et TPE, ce qui confirme que la transition énergétique n’est pas l’affaire exclusive des grands groupes industriels.

Les emplois catalytiques : 128 000 postes bonus, l’effet invisible de proximité

Au-delà des emplois directs, indirects et induits, l’étude introduit une quatrième catégorie, moins connue mais particulièrement éclairante : les emplois catalytiques. Il s’agit des effets d’agglomération générés par la simple présence d’entreprises EnR dans un bassin économique local.

Concrètement, quand un territoire accueille des installations renouvelables, il attire durablement des flux de techniciens, d’ingénieurs, de sous-traitants et de fournisseurs. Les commerces et prestataires de services locaux s’adaptent, se spécialisent, et bénéficient d’une clientèle professionnelle régulière. Ces gains de temps, de coût et d’efficacité liés à la proximité géographique ne figurent dans aucun contrat, mais ils sont bien réels.

Ce mécanisme, formalisé par les travaux de l’économiste Paul Krugman (prix Nobel d’économie), permet de soutenir près de 128 000 emplois supplémentaires chaque année en France, indépendamment des 775 500 déjà comptabilisés. Près de 700 intercommunalités bénéficient ainsi d’au moins dix emplois soutenus par la seule proximité des entreprises EnR.

Le saviez-vous ?

Les filières EnR génèrent des retombées bien au-delà de l’énergie : le secteur de la santé, de l’éducation et du social est celui qui bénéficie du plus grand nombre d’emplois induits, devant le bâtiment et les travaux publics. La transition énergétique finance aussi, indirectement, des infirmières et des enseignants.

2,17 milliards d’euros : les EnR renflouent les caisses des collectivités

Fiscalité directe, indirecte et fiscalité d’entreprise : trois sources de revenus

Les énergies renouvelables produisent aussi des recettes fiscales, régulières et structurantes, pour les collectivités qui les accueillent. En 2024, ce sont 2,172 milliards d’euros de fiscalité locale qui ont été générés par l’ensemble des filières renouvelables en France métropolitaine, selon l’étude SER x Colombus Consulting.

Ces recettes proviennent de trois sources distinctes :

  1. La fiscalité directe, d’abord, représente 1,27 milliard d’euros : elle regroupe l’IFER (imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux), les taxes foncières, la cotisation foncière des entreprises et diverses redevances spécifiques aux filières.
  2. La fiscalité des entreprises de la chaîne de valeur contribue ensuite à hauteur de 443 millions d’euros, via les emplois, les bases foncières et la contribution économique locale générée par l’écosystème industriel autour des installations.
  3. Enfin, la fiscalité indirecte apporte 462 millions d’euros, essentiellement sous forme de TVA reversée aux collectivités et liée à l’installation et à la maintenance des équipements.

Des recettes territorialisées, prévisibles et dynamiques pour les élus

Ce qui distingue ces recettes des autres ressources fiscales locales, c’est leur nature particulièrement favorable à la planification budgétaire. L’étude identifie trois caractéristiques qui en font un levier à part entière pour les élus :

  • Territorialisées : 80 % des recettes reposent sur la présence d’actifs physiques implantés localement, sans possibilité de délocalisation ;
  • Dynamiques : les montants progressent proportionnellement au développement des filières sur le territoire ;
  • Prévisibles : 99 % des recettes sont perçues annuellement sur toute la durée de vie des installations.

Autre point notable : 77 % de l’ensemble de ces recettes sont perçues directement par le bloc communal, c’est-à-dire les communes et leurs intercommunalités. Ce taux monte même à 91 % pour la seule fiscalité directe. Dans un contexte de pression croissante sur les budgets locaux, les EnR constituent ainsi l’un des rares leviers permettant d’augmenter les recettes sans recourir à la fiscalité des ménages.

Territoires ruraux : les renouvelables, nouveaux leviers de développement local

Quand un parc éolien finance la rénovation d’une école primaire

Les chiffres nationaux donnent le vertige, mais c’est à l’échelle d’une commune que l’impact des EnR prend tout son sens. L’étude SER x Colombus Consulting a réalisé un exercice de concrétisation particulièrement parlant, en traduisant les recettes fiscales générées par différents types d’installations en projets publics tangibles.

  • Un parc éolien composé de quatre éoliennes de 2,5 MW chacune génère ainsi 77 000 euros pour le bloc communal, soit l’équivalent de la rénovation thermique d’une école primaire en moins de sept ans.
  • Un méthaniseur de 30 GWh par an apporte 95 000 euros annuels, ce qui correspond au budget d’une cantine scolaire de 100 élèves.
  • Une centrale hydroélectrique de 4,5 MW génère quant à elle 53 000 euros, de quoi financer la construction d’une maison de santé de 400 m² en quinze ans.
  • Même un parc solaire au sol de 2 MW, plus modeste, rapporte 7 000 euros par an, soit la construction d’un terrain de basket en six ans.

Ces projections illustrent une réalité concrète : les installations renouvelables ne sont pas de simples objets techniques posés dans un champ. Elles participent, année après année, au financement des services publics de proximité.

Une fiscalité indépendante de la démographie, atout pour les petites communes

L’un des enseignements les plus frappants de l’étude concerne les communes rurales de petite taille. 85 % des communes accueillant au moins un parc éolien comptent moins de 2 000 habitants. Et pour les communes de moins de 500 personnes disposant d’au moins un parc, les recettes issues des EnR représentent près d’un quart de leurs recettes fiscales totales.

Ce qui rend cet apport particulièrement stratégique, c’est qu’il repose sur le foncier et non sur la démographie. Là où la taxe d’habitation ou l’impôt sur le revenu dépendent du nombre et de la richesse des habitants, la fiscalité des EnR est indépendante de la taille de la population. Une commune de 300 habitants qui accueille un parc éolien bénéficie des mêmes recettes qu’une ville moyenne hébergeant la même installation.

Pour les territoires à faible densité, souvent confrontés à la raréfaction des services publics et à des budgets contraints, c’est une opportunité de développement qui ne dépend ni de l’attractivité résidentielle ni de la conjoncture économique locale.

Le saviez-vous ?

La filière bois domestique, souvent oubliée des grands débats sur la transition énergétique, génère à elle seule 128 millions d’euros de retombées fiscales issues des entreprises de sa chaîne de valeur, auxquels s’ajoutent 83,7 millions d’euros de TVA. Une filière discrète, mais très présente dans les budgets locaux des territoires forestiers.

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